Elle comptait 28 membres le jeudi 23 juin, elle s’est réveillée à 27 membres le vendredi 24 juin 2016. Ce jour-là, après leur vote en référendum, 52% des Britanniques ont officiellement acté leur sortie de l’Union Européenne avec le vote du Brexit scellant avec eux le destin de milliers d’entreprises, nationales et internationales. Deux ans après, le doute et l’incertitude planent toujours au Royaume-Uni : partir pour anticiper, rester et prendre le virage de la transformation, ou s’implanter car malgré tout, les opportunités sont toujours là ?

1. Pourquoi partir

Perte du passeport européen, sortie du « ciel unique européen », dévaluation de la livre et économie en berne.

Perte du passeport européen

HSBC a eu peur de le perdre suite au Brexit, et a donc choisi de délocaliser 1000 postes de son activité de banque d’investissement londonienne à Paris. Perdre ce passeport, cela signifiait perdre la possibilité de proposer leurs produits sur le continent européen depuis le Royaume-Uni. Mais HSBC ne touche pas à son siège social que la banque compte maintenir à Londres, ni à sa banque au détail chargée des clients spécifiquement britanniques.

Sortie du ciel unique européen

Easyjet a aussi été prise de doutes et d’angoisses pour l’avenir après le Brexit : notamment le fait de devoir sortir du « ciel unique européen ». Cet accord permet en effet aux compagnies aériennes de voler librement à travers toute l’Europe. Le 14 juillet 2017, la compagnie aérienne annonce la création de Easyjet Europe dont le siège sera situé à Vienne, emplacement de choix qui permettra à la compagnie de continuer à voler à travers l’Europe.

Dévaluation de la livre

Autre donnée à prendre en compte avec le Brexit, non négligeable pour les PME britanniques : la dévaluation de la livre. Exemple avec l’entreprise Air & Grace, spécialisée dans la conception de chaussures envoyées ensuite en fabrication dans toute l’Europe, qui a vu le coût de fabrication de ses chaussures augmenter de 10%. Sa fondatrice, Claire Burrows, tente d’y faire face : « J‘ai deux possibilités, soit absorber l’augmentation des coûts et réduire les marges, ou bien augmenter le prix de vente. J’ai choisi la première option, mais ce n’est pas une solution à long terme ». Sur le long terme, cette dévaluation de la livre risque également de déclencher la fuite de la main d’œuvre européenne. En effet, travailler en Angleterre deviendra moins intéressant pour les Européens installés au Royaume-Uni, car ils gagneront moins d’argent.

Consommation anglaise en berne

La consommation domestique anglaise fait aussi planer le doute dans les PME, comme celle de Franck Guéneau, Vision de Marques, spécialisée dans la décoration de point de vente, le merchandising et la visibilité d’un point de vente, et qui a subi le Brexit 1 an après son implantation. La consommation domestique n’est pas au beau fixe et les fermetures de magasins s’enchaînent : Mark & Spencer, House of Fraser… Pour encore combien de temps ? « On arrive quand même à se développer, pas aussi vite qu’on le voudrait mais on y arrive. Par contre, si la consommation anglaise ne reprend pas, on sera obligés d’envisager un départ… »

2. Pourquoi rester ?

Réformes gouvernementales, opportunités de transformation et d’investissements

Embaucher des partenaires en local

Cependant, Franck Guéneau a décidé de rester et nous confie même sa totale confiance en l’avenir en Angleterre : « Je crois au fait que les Anglais sont pros pour le business, je ne les vois pas s’enfermer dans un processus sur lequel ils vont perdre le marché européen. » Pour lui, aujourd’hui, le Brexit n’a pas changé grand chose… sauf l’embauche d’un Anglais. Pourquoi ? « Parce que les Anglais aiment faire du business avec les Anglais. On ne s’en est pas rendu compte tout de suite ».

Tout comme la maîtrise parfaite de la langue : « On pense souvent à tort que les Anglais vont comprendre le « world english », un peu approximatif, avec quelques fautes d’usage mais non, les Anglais sont très exigeants sur leur langue, ils peuvent vous faire remarquer la moindre erreur, on a d’ailleurs déjà eu des retours sur notre site Internet. »  Car ça aussi, c’est un changement qu’a opéré Franck Guéneau pour s’adapter au marché anglais : la traduction de son site Internet. D’abord confiée à une 1re entreprise de traduction, des clients Anglais leur ont fait remarquer que la traduction était très scolaire. Et la non-maîtrise de la langue peut rebuter les clients. D’où l’importance de bien travailler la traduction de son site Internet.

Semblable à l’exemple de Vision de Marques, celle du fabricant de cartes et systèmes électroniques Selva basé à Nantes. Cette PME travaille avec CircuitWorx, un bureau d’études situé au nord de Southampton. Pour saisir les opportunités du Brexit, ces deux entreprises recrutent un commercial en commun. Pourquoi ? David Heriaud, DG de Selva, l’explique ainsi : « Si le pays devient plus protectionniste et qu’il devient plus difficile de produire directement pour ce marché, travailler avec une structure sur place, se rapprocher du donneur d’ordres anglais pourrait faciliter les choses. » Dans le cas contraire, « si le pays s’isole avec ses propres réglementations et dossiers qui ralentissent le temps de conception, notre bureau d’étude français restera un atout, par exemple pour lancer des projets collaboratifs autour de l’intelligence artificielle (…). »

Réduire ses marges ou augmenter ses prix

La dévaluation de la livre n’a pas non plus eu pour conséquence la délocalisation des entreprises, certaines ont su rebondir et s’adapter, à l’instar du groupe Bahco, un fabricant d’outillages. « En 2016, la dépréciation de la livre a renchéri nos produits de 8% à 10% en quelques mois. (…) On a d’abord compensé cette hausse en réduisant nos marges, afin de maintenir nos parts de marché dans le pays. » a déclaré Eric Gonet, vice-président du groupe. En 2018, l’industriel a malgré tout dû augmenter ses prix de 4% à 5% mais a compensé en boostant les volumes distribués, possible grâce à la croissance du marché britannique.

Baisse de l’impôt sur les sociétés

Cependant, pour tenter de retenir et surtout de rassurer ses entreprises, le gouvernement britannique a choisi de s’attaquer à l’impôt sur les sociétés. Aujourd’hui de 19%, George Osborne, ancien ministre des Finances, avait promis de le faire baisser à 15% au 1er avril 2020. Autre atout sorti dans sa manche : une enveloppe de 61 millions de livres pour attirer les startups de la Tech : 21 millions de livres seraient allouées à l’extension du réseau Tech City pour l’ouvrir au niveau national (baptisé « Tech Nation ») et créer 10 nouveaux hubs technologiques à Newcastle, Glasgow, Belfast, Cardiff ou encore Birmingham ; 20 millions de livres seraient ensuite utilisés pour insuffler davantage d’intelligence artificielle dans les services publics ; enfin, 20 millions de livres seraient débloqués dans des campagnes de sensibilisation à destination des jeunes de 14 et 18 ans, pour leur permettre d’identifier les menaces informatiques.

Tapis rouge pour la Tech

Les entreprises du domaine de la Tech n’ont donc pas d’intérêt à quitter le navire britannique, même après le Brexit. Surtout lorsque Theresa May annonce vouloir doubler les « visas pour talents exceptionnels » (baptisés Tier 1), et donc de passer à 2000 attributions au lieu des 1000 actuellement. Ce visa permet notamment aux immigrés de vivre et travailler sur le sol britannique. Très utilisé dans le secteur de la Tech, le gouvernement espère voir grimper les demandes d’attribution.

3. Pourquoi s’implanter

5e économie mondiale, compétitivité fiscale et au carrefour des marchés internationaux

Chômage le plus bas depuis 1975

En dépit du Brexit, le Royaume-Uni garde tout de même quelques atouts en poche, à commencer par sa position de 5e économie mondiale. Le taux de chômage relevé en janvier 2017 était de 4,7%, soit le plus bas depuis 1975. Le contexte économique et social du Royaume-Uni continue de séduire les entrepreneurs français. Ici, il faut 3 mois pour ouvrir un compte bancaire, mais 2 à 3 semaines pour créer sa boîte !

Faibles charges patronales et législation souple

En plus de l’impôt sur la société en vue d’être abaissé d’ici 2020, le Royaume-Uni présente actuellement de faibles charges patronales (13,8% contre 40% à 60% en France) mais également une législation sociale plus souple : des congés payés réduits, pas de code du travail et une plus grande facilité de licenciement grâce à une période d’essai qui s’étale sur 2 ans. Différence culturelle à ne pas négliger : en France, c’est le candidat qui doit séduire l’entreprise pour y être embauché ; ici, c’est l’inverse, c’est la société qui doit servir le futur candidat.

Ouverture sur les marchés américain et asiatique

Mais l’Union Européenne n’est pas le seul marché auquel le Royaume-Uni fait de l’œil. Sa localisation stratégique fait de Londres une porte toute ouverte aux marchés américain et asiatique. Porte d’entrée rêvée pour les start-ups qui placeraient leurs ambitions vers ces deux marchés. À noter que les investisseurs sont de plus en plus réticents à financer des entreprises qui n’auraient que l’Europe dans leur viseur.

Une chose est sûre : le doute et l’incertitude planeront jusqu’à la sortie effective du Royaume-Uni de l’Union Européenne, fixée au 29 mars 2019 par Theresa May.

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